BENI: ON GÈRE L’IMAGE PLUTÔT QU’ON NE LIVRE BATAILLE !

 

 

La situation des FARDC dans cette région ,comme ailleurs au Kivu, est celle de la violence évacuée dans les images et déclarations publicitaires ainsi que dans la dissuasion innapropriée. Il y a trop de mise en scène ! Malheureusement ce sont nos pauvres militaires qui en payent le prix fort : 1.662 militaires congolais ont déjà perdus la vie dans cette petite région depuis janvier 2014. Il s’agit des chiffres officiels, mais je suis certain que le nombre est plus élevé. Quant à la MONUSCO, des dizaines Casque Bleus ont déjà été tués. Ce bilan,en plus des milliers des civils tués, ne peut-il pas interpeller pour qu’on arrête de jouer avec les vies des gens ? Je dénonce cette insouciance et banalisation de la mort de ceux d’entre nous qui ont pris les armes pour se rendre utiles à la nation,les militaires congolais.

Certes,en s’engageant dans l’armée on a conscience des risques encourus et on doit être disposé en permanence à perdre sa vie. Mais on doit perdre la vie comme un brave, et c’est au commandant de chaque unité de s’assurer que ses « poulets » ne meurent pas bêtement et gratuitement. À notre temps, nous rougissions lorsque que nous perdions au front nos « frère d’armes ». Aucun ordre ne pouvait retenir notre désir ardent de vengeance et d’en finir avec l’ennemi.

Durant mon parcours militaire et de combattant je n’ai jamais perdu un élément sans en faire payer lourdement à l’ennemi d’une manière ou d’une autre,au delà de mes limites, soient-elles. C’est l’esprit qui doit normalement caractériser tout militaire et combattant. Ç’ a toujours été ainsi dans toutes les batailles auxquelles j’ai participé et c’est ce qu’on m’a inculpé. C’est l’une des manifestations de l' »esprit de corps » et de l' »esprit militaire » car il n’y a pas ce qui rend enrager un soldat sur le champ de bataille plus que la mort de son « frère d’arme ». J’en garde quelques souvenirs. Les rebelles hutus rwandais,les commandos de FAC(armé gouvernementale , sous Mzee Kabila) et consorts avaient eu malheur de faire tomber,balles dans la poitrine, mon « frère d’arme » et commandant Charles OKETI dans la cité de Salamabila/Maniema en 2001,si j’ai une bonne mémoire. C’était juste après mon retour du front de Kisangani avec la célèbre « guerre de six jours »(malheureusement, erreur de parcours, nous avions été impliqué dans une guerre qui n’était pas la nôtre) aussi particulièrement agressive suite, entre autres, au désir de faire payer au camp adverse la mort des « nôtres » et de sauver l’honneur que doit défendre tout militaire au front face à l’ennemi. Le Général Nabyola qui était à la tête d’un régiment commando(deux bataillons) envoyé en renfort dans l’Est par Kinshasa via Kassai en a certennement retenu la leçon. Pour le cas de Beni,on dirait que l’échec et le carnage des militaires fait la fierté !

Je souligne ce souvenir particulier parce qu’il y a dans cette région meurtrière de Beni un ancien « frère d’arme » qui a été avec moi dans cette opération de Salamabila,un camarade avec qui j’ai partagé une partie de mon parcours militaire dans ce qui a été le 61 bataillon de l’époque ,un grand combattant qui sait exactement l’esprit/la rage qui nous caractérisait lorsque les nôtres étaient tombés sous les balles de l’ennemi. Il s’agit du Général André ! C’est à lui ainsi qu’à d’autres officiers de la même « école » se trouvant dans cette région ,dont le Général Rama, que j’ai pensé aujourd’hui me demandant qu’aurais-je fait si j’étais là, à leur place, à Beni on tue les militaires comme on tue les civils. Je vous rappel que le nombre des civils tués à Beni avoisine celui des militaires tués ,mais pour ces derniers, c’est le silence radio et d’aucun ne cherche à établir les responsabilités !

J’aimerais croire qu’il n’y a à Beni que des officiers et soldats moins expérimentés,des civils en treillis militaire, mais ce n’est pas le cas. Il y a des grands officiers,les uns expérimentés comme le Général Chaligonza, commandant des opérations nouvellement nommé, les autres sont bien formés (TM,BEM…), mais ce que subit la population et les soldats depuis plusieurs années laisse croire le contraire. Pourquoi cela ?

Les facteurs de l’échec des opérations dans cette région sont diverses, j’en ai déjà évoqué quelques uns, mais force est de constater de plus en plus que la stratégie de l’armée ne consiste pas à imposer la violence à l’ennemi mais plutôt à vendre son image et à faire peur à l’ennemi laissant ainsi les militaires se faire massacrer aux côtés de la population. Plus ou moins 2.000 militaires tués dans cette région face à un ennemi aux effectifs aussi insignifiants (selon les estimations,moins de 300 rebelles face à plus ou moins 16.000 milles militaires en plus de plus de 3.000 Casques Bleus) c’est beaucoup pour que les commendants engagés dans ces opérations remettent en cause leur capacité s’il n’y a pas une hiérarchie qui puisse le faire.

Au lieu d’aller à la rencontre de l’ennemi,de l’affronter,de le poursuivre jusque dans son dernier retranchement on se laisse attaquer et se contenter de se défendre exposant ainsi la population et les militaires qui se font massacrer. Une défaillance criante au niveau tactique et organisationnel. On mobilise des gros moyens pour dissuader un ennemi invisible,un ennemi fantôme…et on multipli les spots. Les terroristes qu’il s’agit de traquer et d’anéantir difinitivement se voient dorloter par les manœuvres militaires de dissuasion comme s’il s’agissait d’une guerre dont l’objectif était d’equilibrer le rapport des forces entre belligérants. C’est trop spectaculaire !

J’espère afin que ce temps pris avant le lancement effectif d’ énième opération de « grande envergure » annoncée est entrain d’être mis en contribution pour pofinner des nouvelles stratégies pour mettre fin à cette boucherie humaine. J’espère que ,cette fois-ci , avec un nouveau leadership au sommet des FARDC,il sera imposé aux commadants impliqués dans ces opérations une « obligation de résultat » assortie des sanctions positives et négatives. Dans ma publication précédente à ce sujet j’avais averti que ces opérations annoncées étaient vouées à l’échec à cause, entre autres, du déficit des renseignements sur l’ennemi et non implication des acteurs locaux en soutien aux FARDC. Cette affirmation reste d’actualité. L’ennemi a une supériorité informationnelle dans un terrain qu’il maîtrise mieux et se trouve face à un adversaire qui agit par tâtonnement avec des tactiques qui ne sont pas de nature à combattre une « guerrilla rurale » pour ne pas dire forestière. Par cette note ainsi que d’autres je fais de mon mieux,me servant du cadre disponible, pour conseiller, alerter et dénoncer en vue de contribuer à résoudre cette crise sécuritaire qui a fait énormément des victimes innocentes.

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